
La persistance de la mémoire - persistencia de la memoria - tel est le titre officiel - et en version originale - du tableau de Dalí communément appelé "les montres molles", tout un symbole de circonstance du côté méridional des Pyrénées où les députés sont en train de débattre une loi sur la mémoire historique ayant pour but la réhabilitation des victimes de la guerre civile. Réhabilitation, indemnisation morale ou éthique en quelque sorte, et à titre posthume dans la grande majorité des cas.
Le projet de loi présenté hier à la chambre des députés a été refusé, en autre par l'opposition du Partido Popular qui prétend que la loi ne sert qu'à rouvrir les blessures.
Avant de faire cette affirmation, il serait peut-être opportun de poser les questions suivantes :
- Les blessures sont-elles refermées ?
- Les guerres civiles ne laissent-elles pas des plaies suintantes qui mettent des décennies à se cicatriser complètement ?
- Réhabiliter la mémoire des victimes du franquisme jetées à la hâte dans des fosses communes n'est-il pas le seul moyen de leur offrir un sépulture digne ?
- Enfouir les divisions du passé sous des couches d'oubli n'est-il pas le meilleur moyen de laisser la porte entrouverte aux révisionnismes de tout poil et faire en sorte que la mémoire ne se ramollise plus encore que les montres de Dalí, se transformant en un magma inconsistent, une purée de neurones vidées de leurs souvenirs ?
Je ne prétends en aucun cas avoir des réponses toutes prêtes à ces questions et ne fais que m'interroger et vous invitez à ce que nous nous interrogions ensemble.
Le fait est que la guerre civile revient souvient sur le tapis en ce moment en Espagne comme s'il y avait un besoin urgent d'exorciser les fantômes de la division, qui ont à nouveau fait tinter leurs chaînes après l'attentat du 11 mars et j'aurais tendance à penser qu'un déballage du passé est un acte cathartique nécessaire avant de tourner (définitivement ?) la page et d'essayer d'écrire à deux mains - la droite et la gauche jouant la carte de l'équilibre - une histoire qui parie davantage sur les talents des ambidextres que sur les restrictions du manichéisme ...
Quant au révisionnsime, il a le vent en poupe en Iran, par exemple, où le président Ahmadineyad bat la campagne pour nier l'holocauste et tel qu'il est parti, on l'imagine en convaincre plus d'un que l'extermination dans les camps de concentration n'est en fait qu'une hallucination collective ... oui, la faim donne des visions et les volontaires qui se soumettaient à des régimes extrêmes dans les centres de fitness d'Auchwitz, de Treblinka et de Dachau ( financés par les sympathiques animateurs de voyages Hi ... Hi, comment ? ah oui, Himmler et Hitler - les ancêtres du Club Med-) ont fini par délirer complètement et voir des cadavres là où il n'y avait que des fanatiques de l'anorexie ?
La mémoire historique ne sera-t-elle pas un garde-fou nécessaire tant que nous ne serons pas à même de tirer du passé les leçons qui s'imposent et de sortir du cercle vicieux des éternelles répétitions ?
Quand serons-nous assez mûrs pour conserver une claire mémoire historique sans que le sujet ne doive faire l'objet de batailles politiciennes ?
Vive la persistance de la mémoire ferme !
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