Friday, December 08, 2006

JEUX DE BOOMERANGS ET DE MIROIRS

Tout d'abord, m'excuser auprès d'éventuels lecteurs (qui ne laissent pas de commentaires, ce qui ne me permet pas de jouer le jeu par excellence du web : l'interactivité ...) de ce retard de 3 jours dans l'édition de ce post. Succombant à cette philosophie latine qui propose de remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même pourvu qu'il n'y ait pas danger de mort, j'ai laissée passer le mardi, le mercredi ... et le jeudi.

À la fin du post précédent, je vous laissais entendre que le Parti Socialiste avait riposté à la vidéo manipulée du Partido Popular qui accusait le gouvernement actuel de la recrudescence de la violence à base d'images puisées dans différentes sources, dont la guérilla colombienne ... et je vous parlais de l'effet boomerang ou arroseur arrosé. Mais avant d'expliquer en quoi consiste la réaction du PS et ignorant jusqu'à quel point les informations espagnoles sont actuellement exposées dans cette France peut-être plus préoccupée par son échéance électorale que par les crises traversées par les pays limitrophes, je dois vous rafraîchir la mémoire sur quelques points.

Depuis le printemps dernier et incité sans doute par l'aptitude au dialogue du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero , l'ETA a proclamé un abandon des armes (qui semblait définitif) pour amorcer un processus de paix (enfin ...) et il semble que dans le cadre de cette trêve sans date officielle de péremption, des contacts aient été établis avec des responsables de l'organisation terroriste. La formule consacrée employée par les membres du gouvernement pour évoquer cette phase est "négociation", un terme que les irlandais connaissent certainement bien eu égard au dialogue avec l'IRA, mais qui déplaît tellement à l'opposition qu'elle accuse depuis quelque temps le gouvernement de flirter avec le diable.

Diable ? Le fait est que ça joue du briquet dans le pays basque espagnol dernièrement, et de la barre de fer et si le sport local ne consiste pas à faire cramer de la caisse en série, les violences urbaines ont repris dans la région et bus, magasins ou distributeurs de billets se retrouvent souvent saccagés à l'aube : c'est le retour de ce que l'on appelle la kale borroka, la guérilla urbaine qui a également caractérisé la trêve vécue à la fin des années 90 sous le premier mandat de José María Aznar et qui suivit alors une période marquée par des assassinats en série d'hommes politiques et de gigantesques manifestations destinées à demander la paix.

Le "diable", Aznar et son gouvernement ont dû flirter avec et il faut croire que le soufre provoque de graves effets secondaires sur les humains qui le respirent, des effets amnésiques et à priori irréversibles puisque l'opposition actuelle semble avoir enfermé la trêve d'il y a 9 ans dans les oubliettes de sa mémoire et elle ne fait que reprocher à Zapatero de baisser son froc devant l'ETA. D'accord elle ne le formule pas de ces termes-là mais l'intention y est ...

Le Parti Socialiste a donc riposté à la vidéo que je vous montrais la semaine dernière de la façon la plus simple et cinglante : en produisant un film de 20 minutes qui récupère des images d'archives et résume l'attitude du gouvernement d'Aznar en 1997 : prisonniers etarras "rapatriés" dans des prisons du pays basque, contacts établis avec des responsables de l'organisation terroriste 4 mois après un enlèvement et un assassin qui avait secoué tout le pays, celui du jeune Miguel Ángel Blanco et, last but not least, une phrase d'Aznar qui fait référence à l'ETA dans les termes de "mouvement basque de libération". Terrorisme, connaît pas ...

Bref, il semblerait que la boucle soit bouclée et que cette dernière vidéo en date remette les pendules à l'heure en rafraîchissant les consciences, l'amnésie historique étant un mal endémique en Espagne (parlez-en aux nostalgiques de Franco...). À moins que la perte de mémoire de l'opposition ne soit qu'une réaction au traumatisme qu'elle a connu récemment en voyant se refléter dans la politique actuelle du gouvernement vis-à-vis d'ETA les résonances de son passé proche, comme dans un jeu de miroirs de la vérité, un jeu de miroirs à peine déformants, peu complaisants ...

Les hispanophones(et les non hispanophones qui interprètent les images sans avoir besoin de sous-titres) peuvent voir la deuxième partie de la vidéo (je n'ai mis que la première) en mettant "la otra tregua" dans le motor youtube.

La semaine prochaine, je passerai à un thème plus frivole et vous parlerai d'une exposition consacrée aux années de la movida madrilène. Hasta pronto.

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