Effectivement, l'Espagne est un peu différente ... l'Espagne peut se vanter, outre ses mérites réels et son énergie vitale, d'avoir décroché depuis peu un record : celui du nombre de passagers aériens laissés en rade dans différents aéroports espagnols (Barajas à Madrid et El Prats à Barcelone) et sudaméricains suite à la cessation brutale quoiqu'annoncée de la compagnie lost cost Air Madrid ... une bagatelle de 130.000 passagers dont quelques milliers ont quand même pu s'embarquer depuis vendredi 15, jour de la cessation, dans des avions affrêtés par le gouvernement ou à bord de vols d'autres lignes.
Aléas du libéralisme, dirons certains, aléas que doivent supporter ceux dont le billet aller retour s'est converti en un zéro pointé ("tu pars pas, tu rentres pas ...") mais aussi les voyageurs qui se trouvent actuellement de l'autre côté de l'Océan, en suspens, leurs billets d'aller retour réduits à des allers simple ponctués d'un cynique point d'interrogation et qui sont généralement des immigrés installés dans notre pays, maintenant dans l'impossibilité de rejoindre leurs postes de travail. Beaucoup de cas bien tristes de mères, par exemple, qui n'avaient pas vu leurs enfants laissés en Équateur depuis des années et ne pourront pas les retrouver pour les fêtes en dépit des sacrifices nécessaires à l'achat d'un billet aller/retour.
Une de mes amies panaméennes (qui ne se trouve pas dans une situation personnelle aussi critique) est néanmoins coincée à ce jour dans son pays d'origine alors que son activité professionnelle va la réclamer d'ici peu à Barcelone. Elle a profité de son chaotique vol d'aller (attente de près de 24 heures à l'appui, escale aussi imprévue qu'interminable au Costa Rica) pour prendre des photos de l'avion ... dont celle de son siège qui n'était pas pourvu de tablette, à l'instar de celui de son voisin de travée, images qui font froid dans le dos à posteriori si l'on imagine que la mécanique est à l'avenant de l'aménagement de l'appareil ...
La faillite d'Air Madrid est en quelque sorte la chronique d'une mort annoncée (pas besoin d'être un médecin légiste de l'économie pour interpréter les symptômes - retard en chaîne et accumulables, problèmes techniques, etc ...) ou bien la chronique de morts évitées car, en dépit des problèmes/scandale actuels, la compagnie n'a eu à déplorer aucun accident mortel en ses presque trois ans d'activité, chose qui serait peut-être arrivée par la suite.


