Les hommes et femmes politiques du Partido Popular, la droite droitière - droite comme un I au risque d'atteindre (en vie ?) la rigidité cadavérique - ne brillent en général pas vraiment par leur grande culture internationale, aussi serais-je un peu étonnée qu'ils se soient inspirés des thèses de Guy Debord et sa société du spectacle pour accoucher de leur dernier vidéo clip en date, une mini "oeuvre" médiatique qui est à l'impartialité ce que le costume trois pièces est au président bolivien Evo Morales : un étrange inconnu ...
Je parierais plutôt que les directeurs de communication du Partido Popular ont basé cette campagne sur le lieu commun qui affirme qu'une image vaut bien que dix, cent, mille mots, faites monter les enchères ... Montage apocalyptique de scènes de violence de rue, manifestations qui tournent à la bataille rangée et coups de barres de fer, jeunes cagoulés, on est face à une panoplie d'images de guérillas urbaines accompagnées au début par la voix off de l'actuelle vice-présidente du gouvernement - la socialiste María Teresa Fernandez de la Vega - qui apporte des données encourageantes sur la baisse de la criminalité, propos que contredisent dans la foulée d'autres voix off, anonymes celles-là, et qui semblent accuser le gouvernement d'une redrudescence de la violence, lui faisant directement porter le chapeau des brutalités commises sur l'écran.
Jusque-là vous me direz qu'il ne s'agit que d'une manoeuvre grossière, tapageuse et vaguement risible pour qui ne partage pas le discours alarmiste et bassement démagogique du Partido Popular, une tactique en phase avec une nouvelle idée de la politique spectacle qui, venue sans doute de l'autre côté de l'Atlantique, a vite troqué arguments et débats de fonds contre la culture youtube. Soit.
Mais là où le bas blesse tellement qu'il nous file entre les pattes, c'est que les images sélectionnées par les pontes de la communication et qui sont censées ne représenter que des perturbations survenues depuis l'élection de José Luis Rodriguez Zapatero le 14 mars 2004 (suite au drame madrilène que l'on sait) ont en fait été puisées dans des fonds d'archives divers. Ainsi y figurent des scènes de violence de rue qui ont éclaté sous la présidence de José María Aznar (1996-2004) et mieux encore, cerise sur le gâteau difficilement digérable de cette manipulation, des images de guérillas filmées ... en Colombie, entre bandes adverses du narcotraffic ...
Glissement de terrain ? L'Espagne est-elle, par un brusque mouvement de descente d'organes continentale passée momentanément par les faubourgs de Bogota ou de Medellin?
Bavure, je veux dire, bévue de l'agence de communication ? Bévue volontaire ? involontaire ? Les fabricants de cette vidéo pensaient-ils que 44 millions de personnes n'allaient y voir que du feu ? Négligeaient-ils la vigilance et le professionalisme des journalistes et autres consciences ouvertes qui n'ont pas tardé pas à découvrir et dévoiler la supercherie ? Négligence ou arrogance ?
Face à cette triste farce, le Partido Popular s'est immédiatement lavé les mains et soustrait de toute accusation en portant la faute sur l'agence de la communication. Alors, qui dit vrai dans cette histoire de faux ? Quelqu'un dit vraiment vrai ?
Notons au passage que le parti politique concerné et/ou "pros" de la communication out oublié un détail : ce genre d'opérations s'accompagne souvent (à moins de vivre en dictature) d'un effet boomerang-arroseur-arrosé. Le retour de bâton n'a par conséquent pas tardé à se faire sentir, mais ça, je vous l'expliquerai mardi prochain, le mardi étant le jour où j'ai décidé d'apporter une nouvelle petite pierre à mon château branlant.
