Wednesday, November 29, 2006

MANIPULATION MÉDIATIQUE BRUTE DE DÉCOFFRAGE

Les hommes et femmes politiques du Partido Popular, la droite droitière - droite comme un I au risque d'atteindre (en vie ?) la rigidité cadavérique - ne brillent en général pas vraiment par leur grande culture internationale, aussi serais-je un peu étonnée qu'ils se soient inspirés des thèses de Guy Debord et sa société du spectacle pour accoucher de leur dernier vidéo clip en date, une mini "oeuvre" médiatique qui est à l'impartialité ce que le costume trois pièces est au président bolivien Evo Morales : un étrange inconnu ...

Je parierais plutôt que les directeurs de communication du Partido Popular ont basé cette campagne sur le lieu commun qui affirme qu'une image vaut bien que dix, cent, mille mots, faites monter les enchères ... Montage apocalyptique de scènes de violence de rue, manifestations qui tournent à la bataille rangée et coups de barres de fer, jeunes cagoulés, on est face à une panoplie d'images de guérillas urbaines accompagnées au début par la voix off de l'actuelle vice-présidente du gouvernement - la socialiste María Teresa Fernandez de la Vega - qui apporte des données encourageantes sur la baisse de la criminalité, propos que contredisent dans la foulée d'autres voix off, anonymes celles-là, et qui semblent accuser le gouvernement d'une redrudescence de la violence, lui faisant directement porter le chapeau des brutalités commises sur l'écran.

Jusque-là vous me direz qu'il ne s'agit que d'une manoeuvre grossière, tapageuse et vaguement risible pour qui ne partage pas le discours alarmiste et bassement démagogique du Partido Popular, une tactique en phase avec une nouvelle idée de la politique spectacle qui, venue sans doute de l'autre côté de l'Atlantique, a vite troqué arguments et débats de fonds contre la culture youtube. Soit.

Mais là où le bas blesse tellement qu'il nous file entre les pattes, c'est que les images sélectionnées par les pontes de la communication et qui sont censées ne représenter que des perturbations survenues depuis l'élection de José Luis Rodriguez Zapatero le 14 mars 2004 (suite au drame madrilène que l'on sait) ont en fait été puisées dans des fonds d'archives divers. Ainsi y figurent des scènes de violence de rue qui ont éclaté sous la présidence de José María Aznar (1996-2004) et mieux encore, cerise sur le gâteau difficilement digérable de cette manipulation, des images de guérillas filmées ... en Colombie, entre bandes adverses du narcotraffic ...

Glissement de terrain ? L'Espagne est-elle, par un brusque mouvement de descente d'organes continentale passée momentanément par les faubourgs de Bogota ou de Medellin?

Bavure, je veux dire, bévue de l'agence de communication ? Bévue volontaire ? involontaire ? Les fabricants de cette vidéo pensaient-ils que 44 millions de personnes n'allaient y voir que du feu ? Négligeaient-ils la vigilance et le professionalisme des journalistes et autres consciences ouvertes qui n'ont pas tardé pas à découvrir et dévoiler la supercherie ? Négligence ou arrogance ?

Face à cette triste farce, le Partido Popular s'est immédiatement lavé les mains et soustrait de toute accusation en portant la faute sur l'agence de la communication. Alors, qui dit vrai dans cette histoire de faux ? Quelqu'un dit vraiment vrai ?

Notons au passage que le parti politique concerné et/ou "pros" de la communication out oublié un détail : ce genre d'opérations s'accompagne souvent (à moins de vivre en dictature) d'un effet boomerang-arroseur-arrosé. Le retour de bâton n'a par conséquent pas tardé à se faire sentir, mais ça, je vous l'expliquerai mardi prochain, le mardi étant le jour où j'ai décidé d'apporter une nouvelle petite pierre à mon château branlant.

Tuesday, November 21, 2006

CHÂTEAUX EN BRIQUE ET BÉTON



Actuellement, en Espagne, les gamins ne veulent plus être médecin ni pompier ni avocat, non, ce sont décidemment des professions dépassées et au rabais.

Milleuristes vocationnels et obligés d'enfiler les patients à la va-vite, les médecins de la Sécurité Sociale tentent d'appliquer le serment d'Hippocrate à l'orée de salles d'attente bondées et dans l'hypothétique espoir d'obtenir un contrat à durée indéterminée. Depuis le 11S, le monde entier sait enfin que le métier de pompiers n'est pas de tout repos. Quant aux avocats, ils pulullent comme des mouches estivales dans un pays qui n'a pas encore réussi à être aussi procédurier que les États-Unis et ceux qui ont du travail doivent souvent se consacrer à défendre de risibles cas de corruption immobilière.

Les gamins en Espagne ne veulent plus entendre parler de ces métiers dépassés ni vivre comme de nouveaux pauvres après avoir fait cinq ou huit ans d'études ni risquer leur vie en échange d'un salaire pas franchement mirobolant. Dans une société qui leur balancent des gadgets à tour de bras et leur demande des prix exhorbitants pour des logements de fortune, ils veulent sortir leur épingle du jeu et se remplir les poches. En conséquence, ils veulent être "poceros", c'est-à-dire construire des puits.

Car, effectivement, l'homme d'affaires du moment, c'est Francisco Hernando dit Paco el Pocero un homme qui a commencé sa vie professionnelle comme puisatier (en voilà un mot désuet et qui sent Pagnol) et est maintenant à la tête d'une des plus importantes entreprises de construction du pays (et ceux qui passent de temps en temps en Espagne savent que briques et grues y sont des plantes sauvages qui finissent par percer des jungles sururbaines) et édifie actuellement dans le village de Seseña - province de Toledo - à une centaine de kilomètres de Madrid, une ville au milieu du désert ...

Un château mégalomane - celui de la photo - à mi-chemin entre le délire empresarial et le mirage immobilier et qui offrira, à des prix qui n'auront sûrement rien de préférentiel, 13.500 logements alors que Seseña n'était qu'à présent qu'un village "où il n'y avait qu'un âne" souligne fièrement Paco le puisatier pour se vanter d'être un crack du développement urbain ... un démiurge en version briques et béton.

Mais là se n'arrête pas l'étrangeté de la chose. Le plus surprenant - ou non pour qui sait faire allonger le bras à des politiciens magouilleurs en cheville avec les grandes entreprises énergétiques du pays - c'est que la question de l'approvisionnement de l'eau est loin d'être résolue et la région, aride puisqu'en pleine Castille, ne peut se permettre de construire en laissant dans l'angle mort et enterré le minimum vital du développement durable.

De l'eau, le minimum vital par excellence ... et l'ex puisatier qui s'est hissé au rang de puissant industriel n'est en pas pour autant un sourcier ...

Le maire socialiste de Seseña essaye maintenant de détenir la construction par les moyens légaux mais ce délire immobilier n'est que la partie visible de l'iceberg des corruptions et des magouilles immobilières sur le territoire espagnol, un iceberg contre lequel tous les partis politiques sont en train de se fracasser puisque nul n'échappe aux éclaboussures de scandales.

Quelle princesse roturière aura-t-elle envie de venir vivre dans ce château en Castille ?